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> [INTERVIEW] Godefroy de Maupeou
Osmose
posté mercredi 23 avril 2008 à 19:36
Message #1


Guybrush Threepwood
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garçon Membre n° 1
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L'ancien rédacteur en chef de ST Magazine reviens sur la période ou la presse indépendante avait encore sa place dans les kiosques français, et nous parle de son amour envers les machines Atari. Zoom sur un personnage emblématique de la micro alternative !

- Bonjour Godefroy ! Avant tout, pouvez-vous vous présenter a nos lecteurs et retracer votre parcours professionnel en tant que journaliste ?

J’ai 47 ans, 4 enfants et vis dans la vallée de Chamonix. J’ai un parcours assez atypique. Je suis né à PARIS et y ai fait mes études (ENSAD).
Pour ne garder que les activités principales j’ai été compositeur de musique de films (une passion d’enfance) pendant une dizaine d’année puis j’ai écris pour ST MAG, fondé La Terre du Milieu ai racheté le titre à PRESSIMAGE. Après la fin de TDM, j’ai monté une agence de communication avec mon amie.
J'ai aussi été producteur de rock alternatif, réalisateur de sites Minitel, réalisateur de films, producteur d'émission radio...

Côté journalisme, j'ai commencé par écrire pour ST MAGAZINE avant d’en devenir rédacteur en chef. J'ai ensuite fondé l'éphémère SINGLE MAG. J'ai par ailleurs beaucoup écris pour des magazines et fanzines (informatiques, musicaux, actualité...). Au total, cela doit faire plus de mille articles.


- Comment vous est venue cette passion pour la marque Atari et quelle a été votre première machine ?

La technologie m'a toujours fasciné. Gamin je rêvais d'avoir un synthétiseur. Par la suite j'en ai eu pas mal durant ma carrière de compositeur. L'évolution technique aidant je me suis intéressé très tôt à l'informatique musicale (et informatique tout court). J'avais des amis programmeurs (sur PET et SINCLAIR) et un jour le MSX est sorti. J'ai acheté le MSX 2 mais à peine l'achat effectué je me suis rendu compte que j'aurais du prendre un 1040 ST qui était beaucoup plus prometteur. J'ai migré assez rapidement vers ATARI avec un MEGA ST 4 à l'occasion de mon travail pour Anneli SARI en Finlande.


- Comment en êtes vous arrivé a travailler pour Pressimage, a cette époque leader de la presse vidéo-ludique en France, et en particulier sur le magazine STmag ?

J'ai rencontré Marc ABRAMSON sur le forum de ST MAG qui m'a alors pas mal dépanné en créant FUZ PALETTE. Ce programme m'a permis de finaliser un film en images de synthèse commandé par le Festival des Sciences de la Terre et de ses Hommes. De fil en aiguille Marc s'est mis à écrire pour ST MAG et a fini par m'y faire travailler.


- Quel a été le déclencheur et la motivation qui vous ont poussé a reprendre le magazine alors que ses ventes diminuaient drastiquement ?

Plus personne n'y croyait. Je me suis dit qu'on ne pouvait pas laisser tomber ST MAG car au delà du magazine, c'était tous les ataristes qu'on laissait tomber. J'ai provoqué une réunion à Pressimage avec les principaux acteurs du marché et j'ai demandé à Godefroy GIUDICELLI de me laisser réaliser le prochain numéro. Il faut dire que les trois derniers numéros étaient des catastrophes pour les ataristes. On les poussaient vers le MAC ou le PC.
PRESSIMAGE m'a fait confiance sur un numéro, puis deux, puis trois et ainsi de suite pendant plus de deux ans.


- Pouvez-vous nous dire comment se déroulait la réalisation d’un numéro ? Et comment vous avez fait pour tenir le rythme face a une telle dose de travail ?

Au début, je préparais mes articles et ceux des journalistes pendant 15 jours et puis je prenais le train de Chamonix vers Paris avec mon TT et mon FALCON, logeait chez Marc ABRAMSON et maquettais ST MAG chez PRESSIMAGE sur un MAC sous XPRESS.
J'ai rapidement obtenu de le maquetter chez moi sur Calamus. Au début c’était sur un TT 8Mo sans carte graphique (donc en 640x480 16 couleurs), ensuite sur un EAGLE 16Mo avec carte graphique (800x600 16 millions de couleurs), puis sur un MEDUSA T40 32Mo offert lors du ProTOS par Fredi ASCHWANDEN touché par tout ce que nous avions fait pour sa machine.
Les allemands le snobaient et nous étions quasiment les seuls, à part Invers, à soutenir sa démarche qui permettait aux ataristes d'avoir une machine à niveau et même plus rapide que le plus rapide des MAC de l'époque (le QUADRA 950). De mon côté je ne remercierais jamais assez Fredi pour ce geste qui m'a changé la vie à l’époque (la banque me refusait le prêt pour en acheter un). Le maquettage sur les trois premières machines étaient vraiment très lent. Le MEDUSA était vraiment une bête de course.
Par la suite j'ai eu un HADES 60 avec 256Mo de RAM et là c'était vraiment la panacée.
Pour le flashage, chez Pressimage il se faisait en interne. Avec le maquettage sur Calamus je le faisais chez Scap. Je prenais la route une fois par mois avec des Syquests absolument pas fiables sur lesquels étaient stockés les fichiers maquettés. Au bout d'un moment j'ai finit par flasher directement à Chamonix en rippant des fichiers PostScript prêt à flasher sur n’importe quelle machine ce qui m'a aussi changé la vie. Entretemps, on a aussi flashé chez JerryGraphic mais là j’envoyais les fichiers sur CD ROM

La charge de travail était très lourde. Cela faisait beaucoup de nuits blanches. Une fois j'ai failli me tuer sur l'autoroute lors du trajet vers SCAP tant la fatigue était là. J’ai tenu par passion. Je ne sais pas si j’aurais pu tenir beaucoup d’année en plus sur ce rythme.
La seule chose que j’ai prise, c’est du Red Bull pour conduire dans les retours de salon allemand (12H de nuit après une journée de salon et le démontage du stand). Il faut dire que le Red Bull ne se vendait pas en France et qu’après cette nuit de trajet on était complètement vaseux sans pouvoir pour autant dormir.

Pour anecdote, les cdrom n'étaient pas courant au tout début et c'était parfois très limite au niveau du transport des données. Les syquests plantaient régulièrement les fichiers et parfois même avec un disque dur on pouvait avoir des problèmes. Une fois 0X0 a réussi à me récupérer l'intégralité d'un ST MAGAZINE prêt à flasher pour le lendemain. Pascal BARLIER était (et est toujours) quelqu'un d’extrêmement compétent. Il a récupéré en une nuit tous les secteurs défectueux du disque dur.


Les relations avec la société Atari étaient-elles bonnes à l’époque ? Aviez-vous un soutient de la part du constructeur concernant le magazine ?

Non, juste courtoise à l’époque d’ATARI FRANCE et nulles après. Aucun soutien tout comme pour les développeurs d’ailleurs. Ils avaient du mérite à programmer sur ATARI !!!


Selon vous, malgré toutes les qualités du Falcon030 et de la Jaguar, pourquoi n'ont-il pas su trouver leur public ?
Le FALCON était en partie dépassé à sortie (68030 à 16MHz) alors que l’adjonction de son DSP était révolutionnaire. ATARI n’y croyait même pas.

La JAGUAR c’est différent. Les Tramiel ont mit tout ce qu’ils pouvaient mais :

il y avait quelques défauts : une programmation trop facile en 68000 (qui ne devait servir qu’à la gestion) et pas avec les processeurs dédiés (Tom et Jerry si je me souviens bien) donc pas mal de jeux programmés pour le 68000 et pas pour ces processeurs. A cela s’ajoutait un goulot d’étranglement qui empêchait de faire des jeux 3D du niveau de la PSX de Sony pourtant en 32 bit au lieu des 64 de la JAGUAR.

un manque de titres phares

un manque de puissance commerciale de la part d’ATARI. SONY s’est acheté le marché avec une console déficitaire pendant 3 ans et un budget com’ que ne pouvait pas se payer ATARI..


Pendant de nombreuses années, vous étiez considéré comme un véritable gourou des Ataristes. En effet, vous étiez le seul magazine en France et la seule boutique (Terre du Milieu) qui importait les logiciels et jeux de la firme au mont Fuji afin de les rendre accessibles dans l’hexagone. Que pensez-vous de cette situation de monopole avec le recul ?

C’était un monopole par défaut puisque nous avons toujours soutenu les sociétés qui existaient ou se créaient pour distribuer ou vendre de l’ATARI.

J’ai toujours fait attention à ne pas profiter de cette situation et de garder une éthique. Il est arrivé que des produits distribué par la Terre du Milieu soient descendus par les testeurs dans STMAG. J’ai toujours encouragé l’indépendance des journalistes par rapport aux produits que nous distribuions.

En même temps cela a été une époque fabuleuse puisque ce monopole permettait d’inventer en permanence puisqu’il n’y avait pratiquement plus rien : magasin, distribution, salon... Le magazine était un vecteur formidable pour cela.


La rumeur court que c’est le 3eme salon des applications Atari a Bercy Expo qui aurait mis STmag dans une situation financière délicate ainsi que de gros problèmes d‘impression. Pouvez-vous nous raconter en détail ce qui s’est passé pendant cette période ?

Non c’est faux. Le problème est plus complexe. La venue de StraTOS nous a fortement fragilisé (perte de lectorat et d’annonceurs), puis des problèmes avec l’imprimeur en Espagnes (retard d’impression) ont achevé le tout. Le salon n’est qu’une conséquence de tout cela. Je crois même qu’il a équilibré ses comptes. Sans la perte de lectorat via StraTOS nous aurions sans doute passé le cap du problème de l’imprimeur.

Maintenant ce marché était en baisse constante. On rattrapait cela en créant de nouveaux secteurs sur ATARI, mais cela ne pouvait pas durer éternellement. Si TDM avait pu continuer cela aurait été comme pour les allemands en passant sur MAC ou un autre sujet. Le projet SINGLE MAG faisait partie de cette stratégie.


« Octobre 1998, le numéro 128 de ST Magazine est quasi bouclé et pourtant il ne sortira pas faute de lectorat suffisant pour assurer sa survie ». Pouvez-vous nous dire ce qu’est devenu ce numéro fantôme ? Est-il perdu quelque part dans un vieux disque dur ? Et si oui, serait-il possible de le mettre a disposition des internautes ?

Il existe sur un cdrom. Il faudrait que je le recherche et le convertisse en PDF pour le mettre en ligne. Maintenant il faudrait sans doute aussi le terminer du point de vue maquettage et relecture pour que ce soit lisible.


Votre passion pour ces machines s’est t-elle amenuisée après tout ce temps et ces efforts ?

Forcément un peu car même si je suis extrêmement attaché à ces machines et à la période où j’ai vécu avec, elle ne font plus le poids face à mes activités. Ceci dit je maquette toujours avec Calamus sous MAGIC MAC X et utilise parfois encore DA’S PICTURE, RAINBOW, RAYSTART ou autres, mais le problème de la limitation de la mémoire de ces programmes ne facilite pas les choses (en général 14Mo).


Travailler sur Atari était déjà à l’époque plutôt marginal. Etes-vous passé du coté obscur aujourd’hui ou utilisez-vous encore des compatibles TOS ?

En parallèle de l’HADES et du TT, j’ai tâté du PC pendant 5 ans, mais jamais je n’ai connu autant de problèmes machines. J’ai fini par passer sur MAGIC MAC OSX avec l’arrivée du POWER MAC G5. Je me dit que j’ai vraiment été gentil avec le PC à l’époque d’ST MAG. Cette machine est une véritable catastrophe quand on travaille avec des gros fichiers. Je n’ai jamais retrouvé ces problèmes sur MAC. On a la même fiabilité que sur ATARI.

J’ai gardé l’HADES actif jusqu’à l’année dernière. Il me servait à piloter le traceur à découpe sous Calamus. Je transférais via des ZIP 100 mais mes lecteurs et cartouches commençaient à poser de tels problème que nous avons pris un traceur à découpe en USB et l’avons passé sur MAC.

Maintenant si CALAMUS SL reste un must, les logiciels de retouche photo sur ATARI sont très loin de PHOTOSHOP CS3 et je fais tout mon travail de retouche sur ce dernier.

J’ai également un problème de mémoire avec MAGIC MAC OSX. On ne peut à l’heure actuelle dépasser 2Go de ram alors que parfois c’est juste la taille d’une image quand je travaille dans du grand format. Et puis on est loin d’être aussi rapide qu’avec un programme natif sur MAC (encore pire sous MacIntel 35% plus lent que sur G5, c’est pourquoi je suis toujours sur un Quad G5).

Un nouveau MAGIC MAC OSX doit sortir. On verra s’il corrige ces deux gros défauts.


Parmi les dizaines de machines que la société Atari a réalisée, quelle est celle qui garde une place de choix dans votre cœur ?

Le TT, une machine fabuleuse à sa sortie et qui enfonçait tout ce qui existait sur le marché.


Et celle que vous aimez le moins ?

Aucune. Un peu déçu par le 68030 et la résolution du FALCON, mais le DSP était tellement génial que c’est une machine que j’aime bien.
Peut être le MEGA STE qui n’apportait pas grand chose de neuf.


Votre meilleur souvenir concernant ST magazine ?

L’ensemble de la période et puis le soutien de l’équipe, notamment Tristan COLLET (qui est resté un ami) quand TDM a coulé.

Peut être le premier numéro réalisé avec Calamus. Nous avions le meilleur logiciel de PAO toutes machines confondues et pas la possibilité de maquetter notre magazine avec. C’était frustrant et aberrant même si je comprenait la politique de PRESSIMAGE. Pouvoir enfin réaliser le magazine avec était une façon d’être cohérents avec nous-même.


Et le pire ?

La fin évidemment. Ne pas avoir pu finir le 128, partir comme çà en plantant les journalistes et les gens que j’avais voulu aider toutes ces années (dont Fredi ASCHWANDEN). Je rêve toujours de gagner au loto pour pouvoir payer ces dettes, mais encore faudrait-il que je commence par y jouer...


Comment vous est venue l’idée de passer le flambeau et de rétrocéder la marque ST magazine a une association ?

A force de suivre le travail de Cyril DENIS, je me suis dit un jour que le travail de l’équipe d’ATOS valait largement celui de STMAG. Si ATOS prenait le nom de STMAG alors ce dernier ne serait pas mort et la légende continuant, cela ne pourrait que rapporter des lecteurs en plus à ATOS ce qui était amplement mérité. Je crois d’ailleurs que cela a été le cas.


Un mot de la fin pour ceux qui continuent de soutenir la marque aujourd’hui ?

Ils ont tous mon soutien et mon affection. Je n’oublierais jamais toutes ces années et même si je ne peux plus travailler sur des ATARI pour des raisons de performance, ces machines et son milieu ont gardé une place dans mon coeur (heureusement Calamus SL est toujours là). C’était magique et ceux qui continuent perpétuent cette magie.

Merci à eux.

Et merci à tous ceux qui ont été là durant cette période magique et qui m’ont tant aidé. Sans eux je n’aurais jamais pu faire tout cela : les journalistes, Marc ABRAMSON, Jean Jacques ARDOINO, François AUBOUX, Ulf DUNKEL, Tristan COLLET, Manu, Pascal BARLIER, Fabrice BAMAS, Fredi et Ruth ASCHWANDEN,... (il y a des noms dont je ne souviens plus sur le coup mais ils étaient là)

Merci d'avoir répondu a ces quelques questions et bonne continuation wink.gif



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